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Reproduire les Cérémonies Cacao d’il y a 1 000 ou 3 000 ans : une hérésie historique

Reproduire les Cérémonies Cacao d’il y a 1 000 ou 3 000 ans : une hérésie historique

JULIE NOIRET

Affirmer qu’une Cérémonie Cacao contemporaine devrait reproduire à l’identique un rituel pratiqué il y a 1 000 ou 3 000 ans constitue, à nos yeux, une hérésie historique !

Une telle affirmation suppose qu’un rituel ancien aurait traversé les siècles sous une forme parfaitement définie, immobile et universelle... et elle suppose également que nous connaissions avec exactitude les paroles, les gestes, les intentions, les préparations et la vision du monde des personnes qui le pratiquaient ! 

J'avoues aujourd'hui, que cheminant avec le Cacao dit Sacré ou Rituel ou Cérémoniel depuis 1998, ayant vue son évolution tant chez mes éleveurs que sur nos terres d'Europe... j'avais l'élan d'apporter de la clarté et de la justesse sur ce merveilleux sujet !

On commence !

Les sources archéologiques nous transmettent aujourd'hui principalement des céramiques, des résidus de Cacao, des représentations, des inscriptions et quelques récits rédigés à différentes périodes. Elles permettent d’attester l’ancienneté des usages alimentaires, médicinaux, sociaux, symboliques et rituels du Cacao. Elles offrent toutefois une vision partielle de cérémonies qui reposaient aussi sur l’oralité, l’expérience, les gestes, les relations avec le territoire et la transmission entre les générations.

Nous savons que le Cacao occupait une place importante au sein de différentes sociétés précolombiennes, comme nous savons également que ses usages variaient selon les peuples, les territoires, les époques et les circonstances. Une cérémonie vécue dans les Andes, sur la côte Pacifique, au Guatemala ou dans le sud du Mexique pouvait difficilement suivre une forme unique. On est d'accord ... comme les recettes culinaires sur la côté méditerranéenne et en Alsace !

Parler d’une seule « cérémonie ancestrale du Cacao » revient donc à réunir sous une même appellation des peuples et des histoires profondément différents : et là ce n'est pas correct !

Une histoire traversée par les transformations et les ruptures

Entre le Pérou, l’Équateur, la Colombie, l’Amérique centrale et le Mexique, les peuples ont traversé d’immenses transformations. La période précolombienne elle-même fut composée de migrations, d’alliances, de conflits, d’échanges commerciaux, de changements politiques et de rencontres entre les cultures. Elle ne formait ni un monde immobile ni un âge d’or uniforme.

À partir de la fin du XVe siècle, les conquêtes et la colonisation européennes ont entraîné des bouleversements majeurs : effondrement démographique, épidémies, guerres, déplacements de populations, conversions religieuses, appropriation des terres et fragilisation de nombreux systèmes de transmission.

Des langues, des récits, des gestes, des pratiques médicinales et des cérémonies ont été combattus, dévalorisés ou interdits. Certains savoirs ont disparu ! D’autres se sont transformés, déplacés ou mêlés aux formes religieuses imposées. Beaucoup ont été préservés dans l’intimité des familles et des communautés, parfois cachés derrière des pratiques devenues socialement acceptables.

Et bien entendu que l’absence d’une description écrite ne signifie pas nécessairement qu’un savoir n’a jamais existé.... comme inversement, une pratique contemporaine ne peut être déclarée ancestrale uniquement parce qu’elle ressemble à l’image que nous nous faisons d’un ancien rituel.

C'est ici que l'on comprend mieux la notion de transmissions vivantes... qui cheminent au travers les âges !

Nos propres terres européennes ont aussi connu ces ruptures

L’Europe possède elle aussi une histoire faite de transformations religieuses, de conquêtes, de guerres et de ruptures culturelles. Au cours de la christianisation, une partie des pratiques aujourd’hui regroupées sous le terme général de « paganisme » a été combattue ou progressivement remplacée. D’autres coutumes ont été adaptées, absorbées ou ré-interprétées au sein du christianisme.

Certaines fêtes calendaires, bénédictions, processions, célébrations des saisons et relations symboliques aux sources, aux arbres ou aux récoltes ont ainsi traversé les siècles sous des formes transformées. Et la continuité d'une pratique ou d'un rituel peut prendre la forme d’un récit adapté ou d’un geste dont la signification a évolué.

À travers le monde, les ancêtres ont dû répondre à des événements qu’ils n’avaient pas choisis : les guerres, les déplacements, les conversions, les épidémies et les changements de pouvoir ont profondément transformé leurs manières de vivre et de transmettre. C'est l'histoire, parfois très dure, de notre monde. 

Comparer ces histoires demande de respecter leurs différences, et les processus vécus par les peuples autochtones des Amériques possèdent leur propre contexte et leur propre violence. Le parallèle avec l’Europe sert ici à nous rappeler que les traditions se perdent, se transforment ou encore renaissent. 

Les sagesses vivantes savent évoluer

Une tradition vivante ressemble davantage à une rivière ... elle reçoit ce qui vient de sa source, traverse des terres, rencontre des obstacles, change parfois de direction et continue pourtant de porter une eau connectée à son origine. 

Les sagesses qui nous parviennent aujourd’hui ont souvent traversé les persécutions, les guerres, les déplacements et les silences. Leur présence témoigne de la persévérance des femmes et des hommes qui ont continué à enseigner, prier, soigner, cultiver, chanter et raconter.

Les Q’eros du Pérou en offrent un exemple particulièrement parlant : peuple quechuaphone des hautes Andes, ils ont préservé une relation spirituelle fondée notamment sur la réciprocité, le lien aux montagnes et les échanges entre les êtres humains, la communauté et le territoire. Certains paqos q’eros voyagent aujourd’hui jusqu’en Europe pour partager une partie de leurs pratiques, tandis que certaines communautés choisissent de limiter ou de refuser cette ouverture. Cette diversité mérite d’être respectée : un peuple ne porte jamais une seule voix et chaque communauté demeure souveraine dans ce qu’elle souhaite transmettre.

Les Kallawaya de Bolivie constituent un autre exemple : leur cosmovision réunit un ensemble de mythes, de rituels, de connaissances médicinales, de valeurs et d’expressions artistiques. Leur savoir s’est transmis principalement par l’apprentissage et l’oralité. Les communautés Kallawaya poursuivent elles-mêmes un travail de documentation et de sauvegarde. 

Dans l’est du Guatemala, les Ch’orti’, peuple maya, continuent quant à eux d’employer le Cacao dans des usages culinaires et cérémoniels. On connait notamment sa place dans les cérémonies liées à la pluie. Il s’agit ici d’une tradition régionale précise, différente des pratiques rencontrées ailleurs au Guatemala, au Pérou ou au Mexique. 

Les Bribri et les Cabécar du Costa Rica ont également conservé une relation culturelle et rituelle avec le Cacao : sa préparation et sa transmission occupent une place particulière dans certains événements communautaires et certains passages de la vie. Là encore, il convient d’écouter les personnes concernées et de reconnaître la diversité des pratiques plutôt que de transformer leur culture en modèle universel.

Ces exemples nous montrent qu’une sagesse peut traverser le temps tout en évoluant. 

Quand le Cacao vient à la rencontre du monde occidental

Nous pourrions envisager l’arrivée actuelle du Cacao dans les cercles occidentaux comme une simple tendance.... et nous pouvons aussi choisir d’y voir un mouvement plus profond ! 

Cette seconde lecture appartient au domaine spirituel et symbolique, ici elle exprime la manière dont nous choisissons, chez Omunda, de comprendre cette rencontre.

De la même manière que certains paqos q’eros ont décidé de franchir les frontières de leur territoire afin de partager une partie de leur cosmovision, le Cacao voyage aujourd’hui au-delà de ses terres de naissance.

Il vient à la rencontre d’un monde occidental souvent marqué par la rapidité du quotidien, l’individualisme, la séparation avec la nature et la difficulté à donner du sens aux grandes transformations de notre époque. Il nous invite à ralentir, à nous rassembler, à retrouver le goût de la présence, la foi en la vie et à écouter ce qui demeure vivant en nous.

Le Cacao vient ouvrir une relation ... une relation qui nous invite à regarder les femmes et les hommes qui élèvent et transforment le Cacao, à reconnaître leurs terres, leurs histoires et leurs savoir-faire. Elle nous engage à recevoir sans nous approprier, à apprendre sans prétendre tout connaître et à transformer nos pratiques à partir de ce que nous avons réellement compris et intégré.

À travers cette rencontre, le Cacao peut devenir un trait d’union entre les terres.

  • Il relie les terres tropicales où il grandit aux lieux où il sera partagé.
  • Il relie les gestes des éleveur·ses à ceux des personnes qui le préparent.
  • Il relie l’héritage à la création, le souvenir au présent et l’intime au collectif.

Dans un monde traversé par les crises, les guerres et les divisions, nous choisissons de croire que certaines sagesses peuvent encore nourrir la foi en la vie et l’espérance. Elles nous rappellent que les peuples ont traversé de grands bouleversements sans perdre entièrement leur capacité à aimer, à créer, à transmettre et à célébrer. Elles nous enseignent que la paix commence aussi dans la qualité de nos relations : avec nous-mêmes, avec les autres, avec la Terre et avec ce que nous choisissons de servir.

Une Cérémonie Cacao contemporaine n’a donc pas à imiter une cérémonie d’il y a 3 000 ans pour être sincère... elle a à connaître l’histoire dont elle parle, à reconnaître ses sources, à respecter les transmissions reçues et à répondre avec justesse aux besoins du temps présent. 

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Et pour finir ce texte que tient à coeur, je terminerai par ces projets naissants en lien avec nos amis éleveurs, pour parler de leurs savoir-faire et de leurs terres en vibration avec les nôtres, pour évoquer leurs sagesses et se souvenir de celles de nos ancêtres ... au travers Omunda, j'ouvre lentement un espace qui grandit pour que ces échanges aillent au delà de mes rêves. 

À bientôt pour la suite de ces partages. Julie 

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